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Patrimoine naturel et linguistique de la rivière Churchill

Sur la rivière Churchill, dans le nord de la Saskatchewan, les amateurs de canot peuvent vivre une expérience très semblable à celle qu’ont connue les anciens voyageurs de la traite des fourrures entre 1776 et le milieu du 19esiècle. Les voyageurs canadiens-français et métis francophones qui sillonnaient cette importante voie de circulation ont nommé en français des centaines de rapides, portages, îlots, lacs et rivières, parfois d’après les appellations autochtones. Certains de ces noms ont subsisté, d’autres ont été redécouverts. Une longue section de la rivière, qui va du lac Île-à-la-Crosse au portage de la Grenouille, fait l’objet d’une demande de désignation du Réseau des rivières du patrimoine canadien. Les amants du plein air et du patrimoine peuvent emprunter cette route d’eau, passer par le rapide du Serpent, le portage des Épingles, la rivière La truite ou le lac de la Queue dépouillée et obtenir un certificat du voyageur émis par le gouvernement de la Saskatchewan.

 

Pour en savoir plus…

Profiter d’un patrimoine naturel intact

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Canoë sur la rivière Churchill

La nature sauvage de cette région du centre-nord de la Saskatchewan n’a pratiquement pas changé depuis l’époque des voyageurs. La section de la rivière Churchill que les voyageurs parcouraient régulièrement — qui fait plus de 500 kilomètres de long — est toujours située en pleine nature. À quelque deux heures de route au nord de la ville de Prince Albert, le parc provincial du lac La Ronge propose aux amateurs de canot ou de kayak une trentaine de parcours, incluant d’anciennes routes des voyageurs. Le ministère de l’Environnement de la Saskatchewan fournit une documentation détaillée sur une cinquantaine de parcours au total, de divers longueurs et niveaux de difficulté. Il décerne également un certificat faisant des voyageurs contemporains de dignes successeurs des hardis voyageurs des siècles passés. À Missinipe, à 75 kilomètres au nord de La Ronge, une entreprise spécialisée offre des excursions avec guides, des formations, des cartes et de l’équipement à louer. Son personnel a une connaissance approfondie de la rivière Churchill et de son histoire.

Mettre en valeur le patrimoine culturel des voyageurs de la traite des fourrures

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Descente des rapides sur la rivière Churchill dans un canot de 18 pieds, 1930

En plus de développer un réseau de rivières canotables, d’identifier les cours d’eau qu’empruntaient les voyageurs et de décerner un certificat du voyageur, le gouvernement de la Saskatchewan a voulu souligner l’héritage des voyageurs francophones dans la toponymie provinciale. Au cours des années 1960, il a multiplié les toponymes francophones dans le bassin de la rivière Churchill pour commémorer le travail des voyageurs francophones les plus réputés qui ont circulé dans ce territoire. Par exemple, il a nommé les lacs Blondeau en souvenir de Bartélémi Blondeau, Cardinal à la mémoire de Joseph Cardinal, Charbonneau pour rendre hommage à Jean-Baptiste Charbonneau, Deschambault en l’honneur de Pierre Fleury Deschambault, et Versailles d’après Louis Bourquin dit Versailles.

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Poste de Souris River sur la rivière Churchill, 1926

La rivière Churchill fait aussi partie intégrante de la « Route des voyageurs Alexander Mackenzie », proclamée legs national en 1995, qui va du Québec à la Colombie-Britannique. Alexander Mackenzie est cet explorateur d’origine écossaise et actionnaire de la Compagnie du Nord-Ouest de Montréal, qui a exploré le fleuve Mackenzie, nommé d’après lui en 1789, et atteint le premier l’océan Pacifique par la voie terrestre en 1793. Les voyageurs avec lesquels il a accompli ses principaux exploits, tels Charles Doucette, Joseph Landry et François Beaulieu, étaient en majorité des Canadiens français et des Métis francophones, qui formaient d’ailleurs la plus grande partie de la main-d’œuvre de la Compagnie du Nord-Ouest.

La toponymie française de la rivière Churchill

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Forts de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest à l’Île-à-la-Crosse en 1820, par George Back

Les Premières Nations ont longtemps habité seules cette grande région. Une partie des noms qu’ils avaient donnés aux lieux qu’ils fréquentaient a subsisté dans les traductions qu’en ont faites les voyageurs francophones de la traite des fourrures. Mais la toponymie créée par ces voyageurs francophones s’est révélée dominante, avant d’être remplacée par les toponymes utilisés par la population anglaise de plus en plus nombreuse, incluant certaines traductions des anciens toponymes français.

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Extrait de la Carte des noms de lieux français de la Saskatchewan, par Carol Léonard

En plus des appellations françaises qui ont traversé le temps, comme les lacs La Ronge, Île-à-la-Crosse, La Loche et le Primeau Lake, les chercheurs ont retrouvé une très riche toponymie française dans les documents rédigés par les gérants et dirigeants (qu’on appelait les bourgeois) de la Compagnie du Nord-Ouest. Car plusieurs d’entre eux parlaient le français et, surtout, ils estimaient plus pratique et bien plus sécuritaire d’utiliser les mêmes toponymes que leurs voyageurs, qui parcouraient ces lieux au quotidien. C’est ainsi que les chercheurs ont retrouvé cette toponymie oubliée, mais ô combien riche et colorée !

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Des enfants métis à l’Île-à-la-Crosse devant l’église Saint-Jean-Baptiste, vers 1954-1963

La plupart des noms qu’utilisaient les voyageurs sont descriptifs et informatifs : lac de la Montagne, lac Vert ou lac Clair, portage des Galets, rapide de l’Équerre ou du Milieu. Tous les éléments de la nature sont évoqués : la flore dans les portages d’Épinettes ou du Bouleau et la faune avec les lacs des Œufs ou du Bœuf ou avec le portage la Carpe. D’autres sont liés à l’humain, comme le lac Primeau, en l’honneur de Louis Primeau, l’un des premiers commerçants de fourrures à parcourir la Churchill dans les années 1770, ou le portage aux Morts, nommé en hommage aux familles amérindiennes décédées lors de l’épidémie de variole de 1780-1782. D’autres encore traduisent la mentalité enjouée de ces rudes voyageurs confrontés aux dangers quotidiens qui s’amusaient parfois à inverser le sens des mots, comme la rivière Creuse, qui désigne une rivière peu profonde, ou la Grosse rivière pour nommer un petit cours d’eau, ou encore le portage du Canot tourné, qui évoque le geste obligé de retourner son canot pour pouvoir le transporter, à moins qu’il ne rappelle une mésaventure. Le rapide Qui ne parle point attire sans doute l’attention sur le fait qu’il est silencieux et qu’il faut s’en méfier. Tous ces toponymes font partie d’un patrimoine linguistique retrouvé, riche en informations et en souvenirs.

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